5 alternatives européennes à WhatsApp


Résumé : L'hégémonie de Meta et des géants américains sur nos communications menace la souveraineté numérique européenne, car elle expose nos métadonnées à la juridiction des États-Unis malgré le chiffrement des messages. Longtemps protégées par leur "monopole de réseau", ces plateformes doivent désormais s'ouvrir grâce au Digital Markets Act (DMA), une législation européenne imposant l'interopérabilité. Ce changement permet l'émergence d'alternatives locales et sécurisées — comme Threema, TeleGuard, Skred, BirdyChat ou Haiket — qui offrent une protection stricte de la vie privée sans obliger l'utilisateur à rompre le contact avec ses proches restés sur WhatsApp. Contrairement à Signal (américain et isolé) ou au SMS (non sécurisé), ces solutions européennes redonnent le contrôle aux citoyens en plaçant la confidentialité et l'autonomie stratégique au cœur de l'échange numérique.

Le son est mondialement connu. Un petit « ping » et votre main se précipite automatiquement dans votre poche. WhatsApp n'est pas une application comme les autres ; elle est devenue la norme dans notre vie sociale et professionnelle. On partage des photos de bébés, on fixe des rendez-vous professionnels et on communique nos coordonnées géographiques. Le côté pratique est incomparable. Mais le prix à payer est invisible et élevé. On a complètement confié nos communications numériques à Meta, une entreprise américaine qui prospère grâce à nos données.

Cette situation met sous pression la souveraineté européenne. Nos conversations transitent par des serveurs soumis à la législation américaine. Même si le contenu de vos messages est chiffré, Meta sait exactement à qui vous parlez et à quel moment. Cela signifie qu'en théorie, le gouvernement américain peut toujours exiger d'y avoir accès. Heureusement, les règles du jeu sont en train de changer. La nouvelle législation européenne oblige les géants de la technologie à ouvrir leurs portes. Cela crée un espace pour les acteurs européens qui font de la confidentialité une valeur centrale.

L'emprise de la Silicon Valley

La position dominante des trois géants Meta, Google et Apple étouffe l'innovation en Europe. Avec WhatsApp et Messenger, Meta possède l'infrastructure utilisée par des milliards de personnes pour communiquer. Google et Apple, avec leurs propres applications de messagerie, iMessage et Google Messages, ne permettent pas d'échapper aux géants de la technologie ; eux aussi vous maintiennent prisonnier dans l'écosystème américain. Même si vous optez pour un SMS « à l'ancienne », vous n'êtes pas en sécurité.

Sur un téléphone Android, un SMS est souvent converti en RCS (Rich Communication Services) à votre insu. Cela passe par les serveurs de Google. Sur un iPhone, la même chose se produit via iMessage d'Apple. Vous pensez l'envoyer via le réseau de télécommunications, mais vos données finissent tout de même dans le cloud de l'un des géants technologiques. Cette centralisation représente un risque pour notre souveraineté numérique. Si Meta décide de modifier ses conditions générales, les utilisateurs européens n'auront pas le choix. Soit nous l'acceptons, soit nous perdons le contact avec nos amis. Cet "effet de réseau" est ce qui protège la position dominante de WhatsApp depuis des années. Personne ne change d'application, car tout le monde utilise la même. C'est le classique problème de l'œuf et de la poule. Les alternatives européennes étaient peut-être techniquement supérieures, mais sans utilisateurs, elles n'avaient aucune chance. Jusqu'à présent. Avec le Digital Markets Act (DMA), l'Union européenne a mis un frein à cette situation. 

La DMA : la fin du système fermé

La DMA est l'une des législations technologiques les plus importantes de cette décennie. Elle qualifie les principaux acteurs tels que WhatsApp de « gardiens ». La règle est simple : ils doivent ouvrir leur plateforme à leurs concurrents. C'est ce qu'on appelle l'interopérabilité. Cela signifie que vous pourrez bientôt envoyer des messages à quelqu'un sur WhatsApp en utilisant une autre application. Cela résout le plus gros problème des applications alternatives. Vous n'avez plus besoin de convaincre vos amis de changer eux aussi. Vous choisissez la confidentialité, ils restent sur WhatsApp, et vous pouvez toujours communiquer entre vous. La mise en œuvre technique est complexe, mais cruciale.

WhatsApp exige que les applications liées utilisent le même chiffrement puissant que lui, basé sur le protocole Signal. Cela garantit que le contenu des messages reste sécurisé, même lorsqu'il transite entre différentes applications. Meta met en garde contre le spam et la confidentialité, car elle n'a aucun contrôle sur ce que l'autre application fait avec les données. Il s'agit néanmoins d'un énorme pas en avant. Cela enlève du pouvoir à la plateforme et le rend à l'utilisateur. Vous choisissez l'application qui correspond à vos valeurs, et non celle que tout le monde utilise. Cela ouvre la porte à des entreprises européennes innovantes qui peuvent enfin se distinguer en termes de sécurité et de fonctionnalité, sans avoir à attirer un milliard d'utilisateurs au préalable. 

5 alternatives européennes en bref

1. Threema (Suisse)

Threema est le leader en matière de confidentialité. Il s'agit d'une application payante, un choix volontaire qui vous évite de devenir le produit. Vous payez une seule fois et obtenez une application qui ne nécessite pas de numéro de téléphone et ne stocke pas de métadonnées. Les serveurs sont physiquement situés en Suisse, en dehors de la sphère d'influence des États-Unis. 

2. TeleGuard (Suisse)

Pour ceux qui ne veulent pas payer, il existe TeleGuard. Vous fonctionnez avec un identifiant au lieu d'un numéro de téléphone, et l'application ne stocke pas les données des utilisateurs sur des serveurs. Son financement provient de fonctions commerciales, et non du commerce de données. Il s'agit d'une alternative robuste qui respecte pleinement le RGPD. 

3. Skred (France)

Skred adopte une approche radicalement différente avec la technologie peer-to-peer. Il n'y a pas de serveur central intermédiaire ; la connexion s'établit directement entre votre téléphone et celui de votre interlocuteur. Cela signifie que rien ne peut être intercepté ou stocké par des tiers. Cette application ne nécessite aucune information de compte et vous offre un contrôle absolu sur vos données. 

4. BirdyChat (Lettonie)

BirdyChat est l'un des premiers à avoir mis en place l'interopérabilité avec WhatsApp. L'application se concentre sur le marché professionnel et permet aux professionnels de discuter avec leurs clients sur WhatsApp depuis un environnement sécurisé. Cela permet de séparer vie professionnelle et vie privée sans que le client ait à changer d'application. Cependant, en raison de son orientation professionnelle, elle n'est pas destinée à remplacer votre utilisation personnelle de WhatsApp. 

5. Haiket (Royaume-Uni)

Haiket a opté pour une approche « voice-first » afin de rendre les conversations plus fluides. L'entreprise utilise également le DMA pour envoyer des messages aux utilisateurs de WhatsApp. Bien qu'elle n'en soit encore qu'à ses débuts, Haiket prouve qu'il est possible de combiner la sécurité européenne avec la couverture des géants américains. 

Pourquoi Signal et les SMS ne sont pas la solution

Signal est souvent cité comme alternative. Et d'un point de vue technique, c'est vrai. Signal est la référence en matière de sécurité. Même la Commission européenne le recommande. Mais Signal est américain. Il relève de la juridiction des États-Unis. Bien que Signal ne stocke pratiquement aucune donnée, il ne s'agit pas, en principe, d'une solution européenne qui contribue à notre autonomie stratégique. De plus, Signal a indiqué ne pas vouloir participer à l'interopérabilité de la DMA. L'entreprise craint que la connexion avec WhatsApp ne dilue ses normes strictes en matière de confidentialité. Si vous utilisez Signal, vous restez donc isolé.

Il y a ensuite le SMS, que tout le monde connaît. Cela semble être l'option la plus neutre. Cela fonctionne sur n'importe quel téléphone et ne nécessite pas de connexion Internet. Mais les apparences peuvent être trompeuses. Les SMS ne sont absolument pas sécurisés ; les messages sont comme des cartes postales que n'importe qui peut lire en cours de route. De plus, comme mentionné précédemment, les SMS sont de plus en plus « interceptés » par Google et Apple afin d'y ajouter des fonctions de chat. Vous perdez le contrôle sans même vous en rendre compte. Pour trouver une alternative véritablement européenne, nous devons nous tourner vers des applications développées ici, soumises à notre législation et respectueuses de nos valeurs en matière de confidentialité. Heureusement, celles-ci existent. 

traduction de : https://ioplus.nl/en/posts/5-european-alternatives-to-whatsapp 

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